Manzoor Pashteen appelle à des enquêtes internationales sur la situation au Pakhtunkhwa à La Haye ; des délégués pakistanais quittent la réunion

Manzoor Ahmad Pashteen, dirigeant du Mouvement de protection des Pachtounes (PTM), a exprimé de vives préoccupations lors du dialogue de La Haye sur la justice concernant la situation sécuritaire au Pakhtunkhwa, les déplacements forcés, les assassinats ciblés, les disparitions forcées, les mines terrestres et l’exploitation des ressources naturelles de la région. Il a appelé la communauté internationale à mener des enquêtes indépendantes et urgentes sur ces questions.

Dans son discours, Pashteen a mis en lumière la situation des droits humains des Pachtounes et présenté des allégations précises ainsi que des éléments de preuve concernant les politiques de l’armée pakistanaise et de ses services de renseignement. Il a déclaré que les opérations militaires menées au cours des deux dernières décennies avaient infligé de graves souffrances humaines, sociales et économiques à la population du Pakhtunkhwa.

La position du PTM est que la protection de la vie, de la sécurité, des droits fondamentaux et des ressources naturelles des Pachtounes doit primer sur toute considération politique ou sécuritaire. Les meurtres de civils, les disparitions forcées, les détentions arbitraires et les déplacements forcés de populations constituent des questions graves qui exigent transparence, responsabilité et enquêtes indépendantes.

Au cours de son discours, Pashteen a critiqué le rôle de l’armée pakistanaise et de ses services de renseignement, affirmant qu’il existait des déclarations historiques et des éléments de preuve concernant la création, le financement et la formation de groupes armés. Il a fait référence aux déclarations de l’ancien dirigeant militaire pakistanais, le général Pervez Musharraf, de l’ancien chef des services de renseignement, le général Hamid Gul, du colonel Imam, du général Abdul Qadir Baloch et d’autres responsables concernés.

Selon le PTM, les civils des régions pachtounes ne doivent pas être contraints d’abandonner leurs maisons au nom de la lutte contre le terrorisme, leurs communautés ne doivent pas être détruites et les droits des populations locales sur leurs ressources naturelles ne doivent pas être ignorés. La légitimité et les conséquences des opérations militaires doivent être évaluées au moyen d’enquêtes indépendantes, de preuves documentées et des témoignages des populations touchées.

Pashteen a également évoqué les victimes civiles causées par les mines terrestres au Pakhtunkhwa, la destruction de maisons et de marchés, ainsi que les obstacles auxquels sont confrontées les personnes déplacées lorsqu’elles tentent de regagner leurs communautés. Il a présenté des chiffres concernant ces pertes et affirmé que des documents, des preuves et des témoignages oculaires étaient disponibles pour examiner ces allégations.

Il a évoqué les événements survenus à Wana le 3 juin 2018, à Khar Qamar le 26 mai 2019 et dans la région de Khyber le 8 octobre 2024. Selon Pashteen, des manifestants pacifiques ont été la cible de tirs lors de ces événements. Il a également présenté des chiffres concernant les victimes de l’incident de Khyber et demandé des enquêtes indépendantes ainsi que l’établissement des responsabilités.

Le PTM est un mouvement pacifique qui lutte pour les droits fondamentaux, la vie, la sécurité et la justice pour les Pachtounes, notamment pour retrouver les personnes victimes de disparitions forcées. Le mouvement souligne que la dénonciation des violations des droits humains ne doit pas entraîner de répression, de censure médiatique, de pressions judiciaires ou d’arrestations de militants.

Pashteen a également soulevé la question des déplacements de population dans la vallée de Tirah, le Kurram central et la région de Shawal, au Waziristan du Nord. Il a appelé à prendre des mesures concrètes pour protéger les droits des familles déplacées, garantir leur retour en toute sécurité et rétablir des conditions de vie normales.

Il a également présenté des chiffres concernant les victimes civiles des frappes de drones et d’avions de combat en 2025 et 2026, affirmant que des femmes et des enfants figuraient parmi les victimes. Ces allégations nécessitent d’être examinées dans le cadre d’enquêtes indépendantes et transparentes.

Pashteen a exhorté la communauté internationale, les organismes des Nations unies chargés des droits humains, la Cour pénale internationale et l’Union européenne à prendre au sérieux la situation au Pakhtunkhwa, à mener des enquêtes documentées sur les violations présumées des droits humains et à prendre les mesures nécessaires pour que les responsables rendent des comptes. Il a également demandé une réévaluation de l’aide européenne accordée au Pakistan ainsi que des avantages commerciaux dont le pays bénéficie dans le cadre du Système de préférences généralisées (SPG).

Selon le compte rendu, les délégués pakistanais Asif Durrani et Muhammad Junaid ont quitté la réunion en signe de protestation pendant le discours de Manzoor Pashteen. Aucune explication de la partie pakistanaise concernant leur départ n’était disponible au moment de la rédaction de ce compte rendu.

Le message du PTM est clair : les droits, la sécurité et les revendications de justice du peuple pachtoune ne doivent pas être ignorés. Chaque allégation doit être examinée à la lumière des preuves, la voix des victimes doit être entendue et des mesures concrètes doivent être prises pour garantir que les responsables répondent de leurs actes lorsque des violations des droits humains ont été commises.